Addiction aux médicaments psychotropes

Psy – Thérapeutique
Fiche réalisée selon le plan MGS
Item ECNi 75


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Sommaire

1) Généralité 1

Déf : Le mésusage correspond à l’impossibilité d’arrêter l’usage de médicaments psychotropes, soit en raison de signes de sevrage, soit en raison d’envies compulsifs (craving) trop importantes 0. L’addiction aux médicaments psychotropes répond à des critères spécifiques. (cf. fiche addictions).
Parmi les psychotropes, les benzodiazépines et apparentés présentent un potentiel addictif très marqué.

Physiopathologie : Les benzodiazépines et apparentés sont des agonistes des récepteurs GABA-A. En thérapeutique, les benzodiazépines ont des effets anxiolytique, sédatif et hypnotique, mais également myorelaxant et anticonvulsivant.

Epidémiologie : Problème majeur de santé publique !
– 22 benzodiazépines ou apparentés sont actuellement commercialisées en France.
– En 2010, 20 % de la population française avait reçu au moins une fois une prescription de benzodiazépines ou apparentés.
– 60 % des consommateurs de benzodiazépines ou apparentés sont des
femmes.
– Durée médiane de traitement : 7 mois (50% > 2 ans)

2) Diagnostic

Le diagnostic d’addiction repose sur les critères spécifiques du CIM10

Clinique Paraclinique
Interrogatoire
Syndrome d’intoxication aigue / chronique
(sédation, ataxie)
Syndrome de sevrage
(anxiété, confusion, tremblement…)
Test sanguin ou urinaire

A ) Clinique 1

Comme pour toute addiction, on retrouve :
– des symptômes comportementaux
– une répercussion sociale et/ou médical
– des symptômes pharmacologiques (sevrage)

  • Signes d’intoxication aigüe

On retrouve :
– Sédation avec troubles de la vigilance jusqu’à coma
– Ataxie, dysarthrie
– Dépression respiratoire (au stade comateux)

  • Signes d’intoxication chronique

On retrouve les signes relatifs aux complications

  • Syndrome de sevrage

Toute prescription prolongée de benzodiazépines expose en cas d’arrêt brutal à un risque de syndrome de sevrage. Apparition des troubles pendant la réduction de la posologie et jusqu’à quelques jours après la dernière prise.

Signes neuropsy :
– confusion, hallucination (assez spécifiques)
– troubles de vigilance, convulsions, incoordination motrice, coma (rares)

Signes physiques : (fréquents)
– Tremblements
– Anxiété
– Insomnie
– Céphalées

B ) Paraclinique 2

Le diagnostic d’addiction est clinique.

Une consommation aigüe (+/- récente) peut être détectée par un test sanguin ou urinaire. La détection peut se faire soit de manière qualitative (screening), soit de manière quantitative (mesure du taux précis). La durée de positivité dépend du type de consommation et du test, elle est présenté dans le tableau ci-dessous :

Test Durée de présence
Sanguin  6-48 heures
Urinaire
1-5 semaines

C ) Diagnostic différentiel 0

Autres addictions
Syndrome d’intoxication aigue
Syndrome de sevrage

3) Evolution 1

  • Complications non psychiatriques

Intoxication aigüe
– décès par surdosage
– accident, agression…
– chute (personnes âgées)

Usage prolongé :
– augmentation du risque de démence type Maladie d’Alzheimer (débattu)

  • Complications psychiatriques

Majoration de symptômes psy  : anxiété, dépression, idée suicidaire

4) PEC 1

A ) Bilan

Bilan de la dépendance : histoire, parcours de soins, co-dépendances

Bilan des complications psychiatriques ou non

Recherche de comorbidités :
– trouble dépressif caractérisé
– trouble anxieux
– autres addictions

B ) Traitement

  •   Stratégies d’arrêt encadré des benzodiazépines ou « sevrage » :

Le sevrage aux benzodiazépines se fait lentement sur plusieurs semaines / mois. Il n’existe pas de schéma consensuel. Il peut être ambulatoire (situation la plus fréquente) ou hospitalier.

Critère d’hospitalisation (=évaluation de la difficulté d’arrêt des BZD) :
– doses très élevées de benzodiazépines
– insomnie sévère
– dépendance à l’alcool et autre substance psychoactive
– troubles psychiatriques sévères
– antécédents de syndrome de sevrage sévère et convulsions

Modalité du sevrage en ambulatoire : Au cours de chaque consultation, il faut :
– repérer les symptômes de sevrage ou des symptômes nouveaux
– évaluer l’adhésion au protocole d’arrêt
– rechercher une consommation addictive associée (ou majorée)
– titrer la réduction de posologie (demander au patient de ramener les comprimés non utilisés ++)
– réaliser un renforcement positif du patient en cas de diminution régulière de posologie.

« Stratégie de réduction des dommages et des risques » :
⇒ L’obtention d’une diminution de la posologie doit déjà être considérée comme un résultat favorable.
⇒ La réduction de la posologie est déjà un facteur pronostic favorable à l’arrêt de la consommation lors d’une tentative d’arrêt ultérieure.
⇒ Si la stratégie d’arrêt échoue, encourager le patient à recommencer ultérieurement après évaluation des raisons de l’échec.

C ) Prévention

Il existe des Références Médicales Opposables pour la prescription de benzodiazepine !

RMO Benzodiazepine

– Toujours rechercher la posologie minimale efficace
–  Pas d’association entre deux anxiolytiques dans le traitement de l’anxiété
–  Pas de prescription de benzodiazépines à visée anxiolytique au-delà d’une durée de 12 semaines
–  Pas d’association entre deux hypnotiques dans le traitement de l’insomnie
–  Pas de prescription de benzodiazépines (ou apparentés) à visée hypnotique supérieure à 4 semaines.

⇒ L’information et l’éducation thérapeutique du patient sont primordiales

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