Addiction au cannabis

 

Psy
Fiche réalisée selon le plan MGS
Item ECNi 76


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Sommaire

1) Généralité 1

Déf : Tout usage de cannabis est un mésusage. L’addiction au cannabis répond à des critères spécifiques. (Cf. Fiche addictions)

Physiopathologie : Le cannabis se présente sous différentes formes :
– herbe, résine ou huile (qui se consomment le plus souvent fumés avec du tabac),
– pipe, pipe à eau (bang, douille),
– ingérée dans une préparation pâtissière (space cake).
On peut y rattacher la consommation de cannabinoïdes de synthèse (spice, spice diamond), inhalés sans tabac, ni cannabis.
Le principe actif du cannabis est le δ9-THC (δ9-tétra-hydro-cannabinol). Les récepteurs CB1 et CB2 sur lesquels cette molécule est active régulent la transmission glutamatergique et GABAergique.

Epidémiologie : donnés françaises,
– Expérimentation (sex-ratio = 1) : 45% à 17 ans, 17 millions au total
– Consommation régulière (surtout masculine) : 1,4 millions de personnes consomment ≥ 10 fois par mois

2) Diagnostic 1

Le diagnostic d’addiction repose sur les critères spécifiques du CIM10

Clinique PARACLINIQUE
Interrogatoire
Syndrome d’intoxication 
– mise en évidence chimique dans l’échantillon (dépistage qualitatif)
– Mesure quantitative dans l’échantillon

A ) Clinique

Comme pour toute addiction, on retrouve :
– des symptômes comportementaux
– une répercussion sociale et/ou médical
– des symptômes pharmacologiques (sevrage)

  • Syndrome d’intoxication aigue :

Apparition en 15-20 min si fumé, environ 4h si ingéré, environ 10 minutes pour les cannabinoïdes de synthèse.

Signes neuropsychiques :
– Euphorie modérée, sentiment de bien-être ± sédation
– Troubles du jugement, retrait social temporaire
– Anxiété, parfois jusqu’aux idées de référence (« parano »)
– Modification des perceptions sensorielles et temporelle, jusqu’aux hallucinations
– Altération de la coordination motrice, troubles de l’équilibre
– Trouble de la mémoire à court terme et de l’attention.

Autres signes :
– Hyperhémie conjonctivale
– Effet orexigène (augmentation de l’appétit)
– Sensation de bouche sèche
– Tachycardie

  • Signes d’intoxication chronique :

On retrouve les signes relatifs aux complications. Les principaux signes cliniques visibles sont :
– Altération des performances cognitives (troubles de la mémoire, des fonctions exécutives, difficultés attentionnelles)
– Syndrome amotivationnel (indifférence affective, désinvestissement des relations sociales, baisse des performances scolaires ou de travail)

  • Syndrome de sevrage :

Terrain et chronologie :
– 10 à 40% des usagers, surtout les consommations importantes et régulières
– Apparition en 24-72h après arrêt, maximum pendant la première semaine
– La plupart des symptômes s’estompent en 2 semaines, les troubles du sommeil peuvent durer jusqu’à 1 mois

Symptômes :
– Irritabilité, agressivité
– Anxiété, nervosité
– Impatience, incapacité à rester en place
– Humeur dépressive
– Troubles du sommeil : insomnies, cauchemars
– Diminution de l’appétit / perte de poids
– Douleurs abdominales voire vomissements
– Sudation excessive, fièvre, frissons
– Tremblements, céphalées

 

B ) Paraclinique 2

Le diagnostic d’addiction est clinique.
Une consommation aigüe (+/- récente) peut être détecté par un test sanguin, salivaire ou urinaire. La détection peut se faire soit de manière qualitative (screening 0), soit de manière quantitative (mesure du taux précis).
La durée de positivité dépend du type de consommation et du test, elle est présenté dans le tableau ci-dessous :

Substance recherchée Durée de présence
 delta-9-THC (THC)
et
11-carboxy-THC (THC-COOH)
– Sang
THC : 2 à 8 heures ;
usage intensif et quotidien : jusqu’à 1 mois après l’arrêt de la consommation ;
THC-COOH : jusqu’à 72h

– Urine
usage occasionnel : 3 à 5 jours ;
usage régulier : 30 à 70 jours
– Salive
usage occasionnel : 6 à 8 heures ;
usage intensif et quotidien : jusqu’à 24h, voire jusqu’à 8 jours

C ) Diagnostic différentiel

Autres addictions

3) Evolution 1

  • Complications non psychiatriques
Atteintes Complications
Pulmonaire – Bronchodilatation immédiate et transitoire
– Bronchite chronique
Cardiovasculaire – Augmentation du débit cardiaque et cérébral, hypotension artérielle
– Vasodilatation périphérique
– Bradycardie
– Maladie de Buerger
– Syndrome coronarien
Carcinogénicité – Cancer des VADS (association tabac)
– Cancers broncho-pulmonaires
Ophtalmologique – Photosensibilité
– Hyperhémie conjonctivale
– ± mydriase
Traumatologique – Troubles de la coordination motrice, accidentogène (surtout si association à l’alcool)
Particularités des cannabinoïdes de synthèse – Risque de décès par overdose
– Tachycardie
– Insuffisance rénale aiguë par rhabdomyolyse
– Convulsions
– Dépression respiratoire
  •  Complications psychiatriques

Trouble psychotique induit :
– Survient pendant l’intoxication ou jusqu’à 1 mois après celle-ci
– Symptomatologie, risque évolutif et traitement similaire au trouble psychotique bref (si arrêt de l’intoxication)

Troubles anxieux : attaques de panique (« bad trip ») qui peuvent conduire à des troubles anxieux généralisés si elles sont répétées

Trouble dépressif : risque augmenté chez l’utilisateur régulier

 Autres complications / comorbidités psychiatriques : Le cannabis joue ici un rôle de facteur déclenchant, pas de lien de cause à effet établi 0

>Schizophrénie :
– Chez les sujets vulnérables : précipitation de l’entrée dans la maladie (risque modulé par la précocité et l’intensité de la consommation, et les ATCD familiaux de psychose)
– Chez les sujets atteints : altération de l’évolution (aggravation des symptômes productifs, épisodes et hospitalisations plus fréquents)

>Trouble bipolaire : risque d’aggravation d’un trouble existant (états maniques, cycles rapides)

4) PEC 1

A ) Bilan

Bilan de la dépendance : histoire, parcours de soins, co-dépendances

Bilan des complications psychiatriques ou non

B ) Traitement

  • Mesures générales :

– PEC pluridisciplinaire : évaluation psychiatrique, médicale générale et sociale.
– PEC des comorbidités, aide à l’arrêt du tabac et des Coaddictions.
– Entretien motivationnel, psychothérapies (TCC).
– Thérapies familiales multidimensionnelles (jeunes consommateurs ++).

  • Traitement (symptomatique) de l’intoxication aigüe :

– Angoisse majeure ou agitation : anxiolytiques (éviter les BZD, antihistaminiques type hydroxyzine en 1ère intention).
– Symptômes psychotiques : antipsychotiques.

  • Traitement (symptomatique) du syndrome de sevrage :

– Anxiolytiques (idem intoxication aiguë).
– Antiémétiques.
– Antalgiques non-opioïdes.

C ) Prévention

Elle est identique quelque soit la drogue. (Cf. fiche addiction aux opiacés.)

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